Le Labo Société Numérique a récemment publié un dossier, qui reprend plusieurs travaux récents en sciences sociales autour des pratiques informationnelles des jeunes.
Ces enquêtes confirment que les jeunes sont loin d’être désintéressé.es par l’actualité. Ils/elles s’informent régulièrement, et via divers canaux (des médias “traditionnels” aux plateformes et réseaux sociaux numériques).
Quelques points notables :
- Le “souhait d’apprendre des choses et comprendre le monde qui les entoure” est la première motivation (64 %) pour suivre les actualités chez les 15-30 ans (1)
- Les jeunes adoptent des stratégies d’évitement plus radicales que leurs ainés face à la surcharge informationnelle (évitement des chaînes d’information en continu, des débats sur les sujets clivants, déconnexion sur des sujets en particulier (ex. guerres)…)
- Les jeunes ne sont pas moins bien informé.es et sont en réalité “moins perméables aux théories complotistes que le reste de la population” (2)… Selon l’enquête menée par Sophie Jehel, Professeure en Sciences de l’information et de la communication et Jean-Marc Meunier, Maître de conférences en Psychologie cognitive, en collaboration avec le CLEMI et l’OPNAN, auprès d’élèves de Première (filières générales et professionnelles), la moitié des adolescent.es enquêté.es ne connaissent aucune théorie du complot. Pour certain·es, c’est en cours d’EMI qu’a lieu la première confrontation à ce type de contenus (3).
- Le rapport à l’information et les pratiques varient selon l’âge, le genre, le diplôme mais aussi et surtout selon l’origine sociale. On note ainsi que le recours et la confiance accordée aux médias “traditionnels” (TV, radio, presse) sont plus importants chez les jeunes issu.es de milieux favorisés. Pour creuser cette question, nous vous conseillons les travaux du sociologue Julien Boyadjan (qui ne figurent pas dans ce dossier). Dans une enquête menée auprès de jeunes de 18 à 20 ans aux profils sociaux et scolaires contrastés (3), il montre que les inégalités d’accès à l’information ne tiennent pas tant à l’outil numérique qu’aux ressources culturelles et aux contextes de socialisation. Ainsi, les étudiant·es de filières sélectives consultent plus souvent des sources d’actualité légitimées (presse nationale, radio publique), tandis que les jeunes moins dotés culturellement privilégient des formats plus audiovisuels ou se tiennent plus à distance de l’actualité.
- L’appréciation des jeunes sur les séances en EMI (Education aux Médias et à l’Information) est particulièrement positive : Ainsi, “90 % des élèves des filières pro pensent que les cours les ont aidé.es à mieux s’informer, à repérer les fake-news et à renforcer leur vigilance dans ce qu’ils/elles publient eux/elles-mêmes” (2).
Ces résultats fournissent des arguments supplémentaires pour une éducation aux médias et à l’information ambitieuse, durable et portée collectivement par l’ensemble des acteurs de la communauté éducative. Une EMI co-construite avec les jeunes, ancrée dans leurs usages médiatiques et prenant en compte les inégalités sociales.
1. Le rapport des jeunes aux informations en 2024 : Résultats du baromètre DJEPVA sur la jeunesse
2. Arcom : le rapport des Français à l’information, mars 2024
4. Julien Boyadjian, Jeunesses connectées. Les digital natives au prisme des inégalités socio-culturelles