Vers une recherche conversationnelle
Depuis l’arrivée des aperçus et des résumés générés par l’IA, la recherche d’information devient de plus en plus conversationnelle : Google analyse votre question et affiche une réponse synthétique et personnalisée au-dessus des listes de liens traditionnelles dans les résultats de recherche. L’utilisateur.ice n’est donc pas obligé.e de cliquer, ni de naviguer. C’est ce qu’on appelle la “recherche en zéro clic”. Avec son nouveau “Mode IA”, Google veut aller encore plus loin : il s’agit de transformer la page de recherche en une expérience conversationnelle avec un chatbot, alimenté par Gemini. Présenté comme une “réinvention totale de la recherche”, ce nouveau paradigme questionne néanmoins la place des liens hypertextes, jadis clés pour explorer, comparer, et exercer son esprit critique…
Créateurs dépossédés, plateformes gagnantes
Ces évolutions sont largement critiquées pour leurs conséquences sur les modèles économiques du web. Les médias et journalistes dénoncent un système qui tire profit des contenus sans compensation, réduisant encore davantage leurs revenus. Les aperçus IA sont déjà responsables d’une chute des clics (60% des recherches se terminent sans que l’utilisateur ne clique sur un seul lien). Ainsi, entre avril 2022 et avril 2025, le trafic organique depuis Google — principal canal de découverte de l’information — a chuté de 55 % pour des éditeurs comme le Washington Post (1).
Alors que les revenus des médias traditionnels s’effondrent, les grandes plateformes, elles, investissent dans l’automatisation de la publicité, avec pour ambition de capter l’ensemble de la chaîne de valeur. Comme l’explique le Wall Street Journal, « La plateforme publicitaire de Meta propose déjà des outils d’IA capables de générer des variantes de publicités existantes et d’y apporter des modifications mineures avant de les diffuser aux utilisateurs sur Facebook et Instagram. L’entreprise souhaite désormais aider les marques à créer des concepts publicitaires de A à Z » (1).
Dégradation de la fiabilité et « internet du vide »
La généralisation de l’IA vient renforcer les craintes concernant les capacités des utilisateurs à distinguer le vrai du faux. En effet, « les chatbots sont très efficaces pour produire des textes convaincants, mais ils ne prennent pas de décisions en fonction de l’exactitude factuelle » (1). L’hallucination est une limite inhérente des grands modèles de langage et le phénomène a même tendance à empirer avec la complexification des modèles (2).
Une autre inquiétude concerne l’augmentation à l’infini de l’offre de contenus et la pollution numérique. On parle désormais de slop IA pour décrire l’envahissement du web par des contenus de faible qualité générés par IA générative, sans aucune valeur ajoutée, dans le but de capter l’attention, générer des revenus publicitaires, ou piéger les personnes les plus vulnérables (certains contenus sont utilisés par les escrocs pour repérer des cibles potentielles ; on parle alors de boomer trap) (3).
Reprendre la main face au « web des machines »
Pour reprendre du pouvoir, nos actions d’éducations aux médias et au numérique doivent articuler deux dimensions complémentaires :
1. Nomme les transformations, comprendre les logiques :
Informer sur la façon dont les géants du numérique — désormais moteurs de l’IA —, transforment le web en un espace privatisé, dominé par les algorithmes et les plateformes.
2. Donner des clés pour agir :
Individuellement, en développant les capacités à choisir, paramétrer, détourner ou refuser les outils d’IA ; à explorer hors des sentiers balisés ; à mobiliser des alternatives (comme le suggérait Pascal Plantard, encourager les jeunes à braconner, butiner, bricoler (4))
Collectivement, en comprenant les enjeux des régulations (DMA, DSA), en participant à des projets collaboratifs, des initiatives numériques citoyennes, et en revendiquant notre droit à un web diversifié, éthique et accessible.
Cet article est largement inspiré de l’édito d’Hubert Guillaud publié le 10 juillet sur le site Danslesalgorithmes.net.
Sources :
1. Hubert Guillaud. “L’IA, un nouvel Internet… sans condition”. Danslesalgorithmes.net, 10 juillet 2025
4. Pascal Plantard. E-inclusion: braconnage, bricolage et butinage. 2013, pp.16-22.
L’IAG a été utilisée dans le processus de rédaction de cet article.